Dix éléphants "sans-abri" enchainés à Sumatra
Le WWF a découvert que 10 éléphants de Sumatra sauvages, espèce très menacée, sont enchaînés à des arbres sans nourriture et sans eau dans l'État central de Riau en Indonésie. Ils se retrouvent "sans-abri" depuis la destruction complète de leur habitat. Les éléphants ravageaient les cultures et terrorisaient un village voisant avant leur capture par les autorités locales il y a 10 jours.
Ces 10 éléphants font partie d'un groupe de 17 à 51 individus vivant dans le District du Riau Bengkalis. Le gouvernement local a déclaré qu'il voulait capturer et déplacer tous les éléphants dans le nouveau Parc National de Tesso Nilo.
"Ces 10 éléphants sont les dernières victimes du conflit hommes-éléphants sans cesse grandissant au centre de l'île de Sumatra. C'est le résultat de la destruction non-contrôlée de leur habitat : la forêt," a déclaré Nazir Foead, responsable du programme espèces au WWF-Indonésie. "Ces éléphants ont besoin d'espace pour vivre. Cela ne peut se faire qu'en arrêtant le développement de la culture des palmiers pour l'huile et la pulpe. Ils ont besoin à court terme d'un endroit pour vivre."
Seuls 38.000 ha du Parc National de Tesso Nilo sont correctement protégés sur les 100.000 ha proposés. La zone entière doit être protégée avant de penser à déplacer les éléphants capturés, a déclaré le WWF.
"Ce que nous observons ici est le résultat de l'inaction et de l'incompétence", déclare Foead. "Le gouvernement local n'a pas implémenté le Protocole, accepté en 2004, devant réduire les conflits hommes-éléphants. Il n'a pas non plus arrêté la conversion de l'habitat forestier des éléphants. L'abattage illégal et l'invasion sont même plus répandus dans les zones officiellement protégées."
Récemment, 6 éléphants ont été retrouvés morts dans une plantation de palmiers à la frontière du Riau et du Nord Sumatra, probablement empoisonnés en représailles pour avoir ravagé des cultures. La population d'éléphants du Riau est passée de 700 à 350 individus dans les 7 dernières années suite à la diminution de leur habitat et les conflits incessants avec les populations locales.
Ce dernier cas de conflit d'hommes-éléphants est le résultat direct de la disparition de la forêt de Libo, un des derniers refuges pour l'éléphant de Sumatra au Centre de l'île. La forêt de Libo est transformée très rapidement en plantations, champs et lieux d'habitations, souvent sans les permis nécessaires. Le Sanctuaire sauvage de Balai Raja, dans le bloc forestier de Libo, renfermait 16.000 ha de forêt lors de sa création en 1986. Aujourd'hui, il en reste à peine 260. Une industrie papetière multinationale, "Asia Pulp and Paper (APP), utilise le bois de la forêt de Libo pour ses scieries du Riau.
Le WWF demande de toute urgence au gouvernement du Riau d'arrêter l'abattage illégal, l'invasion et la conversion en plantation de la forêt dans l'Etat du Riau. Le WWF appelle également les autorités locales à fournir de la nourriture, de l'eau et des soins vétérinaires aux dix éléphants enchaînés.
"Les autorités du Riau n'ont pas d'équipe professionnelle compétente pour s'occuper correctement des ces éléphants", conclu Foead. "Une équipe compétente, comme celle du Lampung au sud de Sumatra, devrait venir rapidement sur le terrain. Nous sommes prêts à les aider."
http://www.wwf.be/fr/index.cfm?group=news&...lire.cfm&id=424