Fusil d'assaut à l'épaule, Robert Paleo et ses 17 équipiers en gilets pare-balles sont chargés de protéger les papillons monarques. Ces gardes forestiers tentent d'éloigner les trafiquants de bois pour préserver le terrain de nidation hivernal de millions de ces majestueux et délicats insectes.

Les monarques ne font pas parties des espèces en danger, mais les chercheurs pensent que la déforestation pourrait menacer leur existence.

Un monarque peut passer toute son existence au Canada, aux États-Unis ou au Mexique, mais l'espèce possède un instinct migrateur. Chaque année, ils se déplacent par millions de l'Amérique du Nord vers le sud, notamment dans un parc naturel à cheval entre les États mexicains de Michoacan et de Mexico.

Les papillons aux ailes d'un orange vif nervuré de noir tapissent alors des sapins sacrés, une merveille scientifique et esthétique qui attirent environ 200 000 visiteurs chaque année.

«La forêt agit comme une couverture et un parapluie pour protéger les monarques des hivers rigoureux», explique Lincoln Brower, professeur émérite de zoologie à l'Université de Floride, qui étudie les papillons depuis près d'un demi-siècle. «Si la forêt disparaît, on risque de perdre l'une des merveilles de la nature».

L'hiver 2003-2004, 22 millions de monarques ont atteint le parc naturel, un chiffre en baisse de 80 % par rapport à l'année précédente, ce qui a incité le gouvernement mexicain à mettre en place la nouvelle force spéciale.

Aidé de caméras vidéos cachées et de radios spéciales pour éviter les scanners, les officiers parcourent en 4x4 des sommets boisés sur plus de 50 000 hectares. Leur arsenal comprend des fusils automatiques AR-15 et Galil, des fusils à pompe et des revolvers Smith & Wesson.

Le trafic illégal de bois au Mexique génère des millions de dollars chaque année. Et si les gardes ont saisi huit camions pleins de bois, ils n'ont encore arrêté personne, avoue Robert Paleo.

Reste que pour Francisco Luna Contreras, délégué dans le Michoacan du Bureau fédéral de protection de l'environnement (Profepa), la simple présence de la police a dissuadé nombre de gangs. Mais certaines organisations écologistes s'inquiètent que la petite équipe ne soit pas de taille à affronter les gangs. En 2003, un groupe d'une centaines d'entre eux, armés de fusils à pompe et de machettes, avait retenu trois gardes en otage pendant qu'ils abattaient des arbres.

Ces bûcherons illégaux appartiennent à des groupes lourdement armés, organisés, qui sont parfois liés aux trafiquants de drogue, raconte Homero Aridjis, un militant écologiste du Michoacan qui se bat pour protéger les monarques depuis 30 ans.

Les autorités mexicaines veulent porter la force à plus d'une centaine d'hommes d'ici le milieu de l'année prochaine avec le renfort de patrouilles de volontaires, pour la plupart composées d'agriculteurs locaux.

«Nous devons protéger la forêt pour maintenir l'approvisionnement en eau dont nous avons besoin pour nos cultures, dit Juan Rojas, accompagné d'une vingtaine d'autres agriculteurs, et nous voulons veiller sur les papillons. Ils font partie de notre patrimoine».

Pour les scientifiques, qui n'ont commencé à recenser les papillons qu'au cours de la dernière décennie, il est difficile de savoir si la baisse observée est normale. Les autorités mexicaines pensent que la population aura remonté cette année à plus de 60 millions.

«La population de monarques change énormément d'une année sur l'autre», selon José Bernal de la Profepa. «Nous ne l'avons pas encore étudiée suffisamment longtemps pour distinguer une tendance. Il est alarmiste de dire qu'elle est menacée de disparition». Reste que pour le Pr Brower, il ne fait aucun doute que la destruction de la forêt mexicaine menace les papillons.

«Le monarque est devenu un symbole de la coopération transfrontalière en Amérique du Nord. Espérons qu'il ne devienne pas le symbole de notre incapacité commune à protéger l'environnement», dit-il.

http://www.cyberpresse.ca/article/20060421.../5547/FRONTPAGE