Trois espèces de perroquets se sont ajoutées récemment à la liste mondiale des oiseaux sauvages interdits de commerce: l'amazone à tête jaune, l'amazone à nuque d'or et l'ara de Coulon.Des nouvelles de la marmaille
Pour l'amazone à tête jaune, cette protection arrive plutôt tardivement, explique Eduardo Inigo-Elias, spécialiste des perroquets et responsable du Programme de conservation des espèces d'oiseaux néotropicales au laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, à Ithaca (New York). Répandu au Mexique, au Belize, au Guatemala et au Honduras, ce perroquet a beaucoup souffert des prélèvements en nature. Depuis les années 1970, la population a baissé de 90% dans ces pays et l'effectif actuels ne dépassent guère les 7000 oiseaux.
Plus encore, autant chez l'amazone à nuque d'or (du sud du Mexique jusqu'au nord-ouest du Costa Rica) que chez l'ara de Coulon (de l'est du Pérou à l'ouest du Brésil, au sud jusqu'au nord-ouest de la Bolivie), la destruction des habitats vient compliquer davantage la survie de ces espèces prisées comme animal de compagnie en raison de leur beauté et de leur habileté à parler. Les adultes ont été capturés par milliers et les petits ont été soustraits de leurs nids en grand nombre par les braconniers. Or, ces oiseaux produisent peu de petits, ils atteignent leur maturité sexuelle souvent vers l'âge de 3 ans et leurs parents doivent s'en occuper longtemps. Autant de facteurs qui accentuent leur déclin.
Ces perroquets figurent dorénavant à l'appendice no1 de CITES (Convention on International Trade in Endangered Species of Wildlife and Fauna), qui interdit le commerce des espèces désignées à moins d'une exemption exceptionnelle, par exemple à des fins scientifiques. On retrouve environ 170 espèces d'oiseaux, dont 13 amazones, sept aras et une vingtaine d'autres espèces de perroquets.
Pourtant, les deux amazones étaient déjà classées sous l'appendice no2 depuis 1980, ce qui permettait leur commercialisation dans la mesure où les captures ne nuisaient pas à la survie de l'espèce. Mais la réglementation est sous la responsabilité du pays exportateur, qui délivre les permis appropriés. Voilà qui démontre à quel point les accords de CITES auxquels adhèrent 158 pays comportent beaucoup de failles, insiste le spécialiste de Cornell, qui a travaillé pendant 18 mois avec le Mexique, le Brésil, le Costa Rica et l'Allemagne à l'élaboration des nouvelles propositions adoptées à la réunion des membres de CITES à la fin de novembre, au Chili.
«Contrairement à ce l'on croit souvent, CITES ne vise pas à protéger les espèces menacées. Il s'agit avant tout d'un accord commercial international sous l'égide des Nations unies, explique Eduardo Inigo-Elias. D'ailleurs, lors d'une récente réunion à Genève, le secrétariat responsable de l'application de la convention a même voulu retirer le terme «en danger» (endangered) du nom de l'accord. Heureusement, la proposition n'a pas passé. Cette attitude explique aussi pourquoi, après avoir été interdit durant 10 ans, le commerce de l'ivoire d'éléphant vient à nouveau d'être permis dans certains pays.»
L'expert mentionne en outre que ce sont les pays qui doivent déterminer si la population d'une espèce est suffisamment importante pour permettre des prélèvements en nature. Souvent, ils sont peu préoccupés par le problème ou n'ont pas les moyens de faire les recensements. «Imaginez, un grand pays comme le Mexique n'a que 20 agents de la faune pour surveiller le territoire. Les opposants aux restrictions commerciales soutiennent d'ailleurs que la capture d'oiseaux sauvages permet d'assurer un revenu aux populations. Dans la réalité, il s'agit de peccadilles par rapport à l'argent réalisé par les commerçants ou les trafiquants. Certains perroquets peuvent valoir 35000$US sur le marché». Sans oublier que les problèmes de corruption sont endémiques dans plusieurs pays d'Amérique latine.
Selon les données de CITES, seulement dans la famille des amazones, un groupe qui compte une trentaine d'espèces, pas moins de 730000 ont été exportés de 1980 à 1999.
Le «blanchiment» de perroquets
Dès qu'un oiseau est inscrit à l'appendice no1 de la convention CITES, il devient illégal de vendre des individus capturés en nature. C'est là que les braconniers et les experts en «blanchiment» d'oiseaux se mettent à l'oeuvre. Au même titre qu'on lave de l'argent sale, on fait aussi le «lavage» d'oiseaux acquis illégalement. Il faut rappeler que tout oiseau issu d'un élevage peut être vendu. Une échappatoire qui fait souvent l'affaire des trafiquants. Dans les années 1990, le propriétaire réputé d'un centre d'élevage de perroquets des États-Unis a été condamné à 23 ans de prison pour avoir importé illégalement, au cours des années, 700 aras hyacinthes, ce grand perroquet entièrement bleu du sud du Brésil, une espèce devenue extrêmement rare dans son habitat naturel.
Il y a une quinzaine d'années, on avait arrêté à l'aéroport de Los Angeles un passeur qui s'était enveloppé de capsules de plastique qui contenaient 150 oeufs de cacatoès. «Ce genre de méfaits existe toujours, notamment chez les trafiquants d'oiseaux de proie comme le gerfaut», insiste M. Inigo-Elias. Rappelons que, depuis 1992, les États-Unis interdisent l'importation de tout oiseau sauvage.
Critique à l'endroit de la convention internationale, il explique que non seulement le monde a le devoir de protéger ces oiseaux malmenés par le commerce international, mais que cette protection est aussi rentable d'un point de vue économique pour les pays qui protègent leur patrimoine aviaire. Les retombées économiques résultant des voyages ornithologiques se chiffreraient à plus de 80 milliards par année dans le monde.
L'expert du laboratoire d'ornithologie insiste aussi sur les nombreuses espèces d'oiseaux qui ne sont l'objet d'aucune protection de CITES, parce qu'on ignore simplement leur statut et que leur commercialisation est méconnue. C'est le cas notamment du passerin nonpareil, une espèce vivement colorée que l'on trouve dans le sud des États-Unis mais qui migre au Mexique jusqu'à Panama de même qu'aux Antilles. Non seulement, s'agit-il d'un oiseau de compagnie fort populaire là où il passe l'hiver, mais le passerin y est capturé allègrement à des fins commerciales. L'an dernier, plus de 12000 d'entre eux ont été exportés dans le monde, plus particulièrement au Japon, en Hollande, en Italie, en Espagne, et dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.
Responsable de l'application de la convention au Québec pour le Service canadien de la faune, André Bujold estime que l'accord a le mérite d'être efficace, du moins en ce qui regarde l'appendice no1. Quant aux oiseaux sur l'appendice no2, les transactions légales sont enregistrées, ce qui permet de suivre en partie l'évolution des prélèvements.
Pierre Gingras
La Presse
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