Les espèces invasives d’oiseaux menaceraient-elles la biodiversité ?
En 2006, la LPO a lancé une grande enquête nationale sur les espèces d’oiseaux que l’on qualifie d’« invasives » en France, et dont le rapport vient d’être remis au ministère de l’Ecologie. Le but ? Connaître le statut de ces espèces sur le territoire et mesurer leur impact potentiel sur la biodiversité indigène. Or les effectifs se révèlent nettement supérieurs à ce qu’on imaginait jusqu’alors…
Une enquête menée en 2006 par la LPO, et financée par le ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durable, sur l’ensemble de la France révèle que 16 espèces allochtones (introduites) nichent de façon régulière en France (et au moins 7 de façon occasionnelle).
La surprise, c’est que les effectifs recensés sont parfois nettement supérieurs à ce que l’on pensait jusqu’alors. Ainsi l’enquête montre qu’il y a à présent en France 100 à 150 cygnes noirs, 5 000 bernaches du Canada, plus de 200 ouettes d’Egypte (20-25 couples), et près de 40 couples d’érismatures rousse. La population d’ibis sacré s’élève quant à elle à plus de 5 000 oiseaux (dont 1 700 couples), celle de la perruche à collier à un millier oiseaux vivant librement dans la nature.
Si le léiothrix jaune (peut-être 5 000 à 10 000 individus dans la nature) – passereau coloré habitué des cages – ne semble pas poser de problème, d’autres oiseaux comme la perruche à collier sont sous surveillance, car l’espèce niche dans des cavités d’arbres et peut se trouver en concurrence avec des espèces cavernicoles (pics, rollier).
Sous surveillance également, les anatidés – cygne noir, bernache du Canada, ouette d’Egypte ou érismature rousse - sont connus pour leur agressivité à l’égard d’autres espèces d’oiseaux plus fragiles. L’érismature rousse pose notamment un problème européen, puisqu’elle menace la dernière population d’érismature à tête blanche de ce continent (en Espagne).
Le cas de l’ibis sacré est également complexe et suscite une vive polémique entre partisans de son éradication – au nom du principe de précaution – (cet oiseau peut être parfois un prédateur d’autres espèces d’oiseaux et exercer une concurrence non souhaitable sur l’avifaune locale) et partisans de son maintien comme symbole d’une biodiversité dynamique.
Au vu de cette étude, la LPO, consciente des enjeux d’ordre écologiques, biodiversitaires et même psychologiques, accroît sa vigilance. Elle n’est pas opposée à des mesures de régulation, comme cela se pratique aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, avec l’accord respectif de l’Audubon Society et la Royal society for protection of birds (RSPB). Elle souhaite simplement que les données scientifiques objectives guident les actions à conduire et que les méthodes retenues pour contenir certaines espèces potentiellement invasives se fassent dans le respect de la condition animale. Enfin la LPO, par son action, souhaitent mettre en lumière l’importance de la situation, afin qu’elle soit perçue par tous.
Source : LPO
2007-08-11 21:12:50