Les gouvernements de l'UE négligent les forêts
Les gouvernements des Etats membres de l'UE ne prennent pas suffisamment de mesures pour mettre fin aux coupes illégales de bois. L'Union européenne considère pourtant cette action comme une de ses priorités. C'est le constat qui ressort d'une étude menée par le WWF. Le rapport, intitulé "Illegal Logging Government Barometer" révèle que ce sont la Grande-Bretagne et l'Autriche qui ont fourni les efforts les plus importants afin d'empêcher que du bois provenant de forêts gérées de manière non-durable aboutisse sur le marché européen, tandis qu'en queue de peloton on trouve l'Irlande et la République tchèque. La Belgique, classée neuvième sur un total de 26 pays, occupe une place d'élève "moyen à bon".
L'étude examine les efforts fournis par les gouvernements des pays membres de l'UE en vue d'appliquer l'"Action Plan on Forest Law Enforcement Governance & Trade" (FLEGT) mis au point par l'Union européenne. Ce plan encourage les gouvernements des Etats membres à collaborer de leur propre initiative avec les pays producteurs afin de réduire les coupes illégales. Chaque gouvernement de l'UE s'est en outre engagé à mettre au point un plan d'action national visant à mettre fin au commerce de bois obtenu de manière illégale ou non-durable.
Quatre ans après l'approbation de ce Plan d'action européen, l'étude menée par le WWF montre que 19 des 27 pays membres de l'UE, soit quelque 70 %, n'ont toujours pas été à même de prendre des mesures concrètes permettant d'appliquer efficacement le plan d'action de l'UE. Huit pays ont certes initié des actions limitées, mais seule l'Autriche a mis au point un plan assorti d'échéances précises et qui prévoit explicitement de mettre fin aux coupes illégales, au tassement de la production nationale de bois et à l'importation de bois et de produits dérivés du bois obtenus illégalement.
Les performances de la Belgique se sont avérées légèrement inférieures cette année par rapport à l'année précédente. Pourtant, notre pays s'est toujours affiché comme un ardent défenseur d'une législation destinée à interdire l'importation et la vente de bois ou de produits dérivés du bois obtenus de manière illégale. C'est entre autres grâce à la Belgique que ce sujet est encore à l'ordre du jour du Conseil européen. En ce qui concerne les appels d'offre relatifs aux marchés publics du gouvernement fédéral, les règles en vigueur l'an passé sont restées valables cete année, en dépit de la pression internationale menée en vue de réduire le caractère strict de celles-ci. Malheureusement, dans la pratique, on ne remarque pas de grands changements sur le marché belge, en dépit de cette politique fédérale. Le "Baromètre européen" s'étant basé cette année sur des critères plus stricts, la Belgique a rétrogradé d'une place au classement.
"Il y a quatre ans, l'UE avait mis au point un plan d'action très prometteur pour lutter contre le problème croissant que représentent les coupes illégales", déclare Beatrix Richards, Responsable du Programme Forêts du WWF-Grande-Bretagne. "Mais trop peu de progrès ont été accomplis à ce jour, une situation due aux atermoiements volontaires de certains gouvernements. Les coupes illégales représentent un problème gigantesque d'un point de vue écologique, social et économique ; les communautés locales en sont souvent les victimes, étant donné qu'elles dépendent des forêts. L'UE, énorme consommatrice de bois, doit jouer un rôle majeur pour lutter contre ce fléau."
Le WWF en appelle aux gouvernements pour que soit édictée une nouvelle règlementation permettant de mettre hors la loi l'importation dans l'Union européenne de bois et de produits dérivés de bois obtenus de manière illégale. A l'heure actuelle, trop de flou subsiste encore dans les relations avec les pays tiers et trop d'échappatoires demeurent permettant de contourner les mesures prises jusqu'ici par l'UE pour mettre fin aux coupes illégales. Le Plan d'action européen ne permet pas d'empêcher que du bois illégal soit importé en Europe par l'intermédiaire de pays tiers comme la Chine ; il n'oblige pas les pays qui entretiennent des relations avec des Etats membres de l'UE de disposer eux-mêmes d'une législation propre interdisant l'importation de bois illégal, de sorte que celui-ci peut encore être tout simplement revendu dans l'UE au départ de tels pays. Le papier, la pulpe de papier et les meubles ne sont pas inclus dans le Plan d'action de l'UE. Le WWF demande que l'UE montre l'exemple et prenne des mesures afin d'inciter les autres grands consommateurs de bois comme la Chine, le Japon et les Etats-unis à interdire l'importation de bois obtenu de manière illégale.
Source : WWF
2007-05-05 19:39:50