Pour ce qui est du respect des besoins éthologiques des oiseaux, j’ai assisté il y a quelques années (6) à une discussion entre représentants des différents gouvernements européens qui illustre de façon remarquable l’imagination dont nous savons si bien faire preuve pour ajuster ce que nous préconisons (en l’occurrence les conventions européennes en matière de protection des animaux de ferme) à ce que nous faisons (leur application soumise aux exigences du marché).... Les canards et les oies sont des espèces aquatiques. Dans l’esprit de cet article, ils doivent avoir à ce titre un libre accès à l’eau. Or, des oiseaux concentrés en si grand nombre dans un espace restreint, rendent impossible – pour des raisons sanitaires évidentes – l’accès à une mare. La solution proposée après plusieurs heures de débat, fut de suspendre une pipette qui délivre l’eau – au goutte à goutte et à heure déterminée – au-dessus des têtes des oiseaux placés dans des cages de batteries...
Expérience et connaissances ou manipulation du public ?
La mécanisation du système en batterie garantit un haut rendement, et la pipette « réconforte » le public auquel on assure que canards et oies en ayant « accès » à l’eau, restent bien des canards et des oies à part entière... Leurs ailes ne servent plus à voler. Leurs pattes ne servent plus à marcher. Leurs doigts palmés ne servent plus à nager. Mais cette goutte qui tombe à heure fixe sur leur tête et leur permet de lisser leurs plumes respecte leurs besoins physiologiques et éthologiques, « conformément à l’expérience acquise et aux connaissances scientifiques... »
Que les souffrances soient liées directement ou indirectement au gavage, la finalité du processus aboutit à... un organe malade !
Souffrances ignorées
La convention européenne précise que : « Aucun animal ne doit être alimenté de telle sorte qu’il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles et son alimentation ne doit pas contenir des substances qui puissent lui causer des souffrances ou des dommages inutiles. » (7) Or l’affirmation selon laquelle le volume du foie n’affecte pas la santé des oiseaux n’engage à nouveau que ses auteurs. La thermorégulation est l’un des facteurs qui participe – au moment de la digestion – à provoquer un halètement chez les oiseaux. Mais l’absence de diaphragme et la compression des sacs aériens par le foie gras démesuré sont – pour nombre de spécialistes en pathologie aviaire – à l’origine de la détresse respiratoire qui apparaît au terme du gavage. Les animaux sont alors incapables de se déplacer, ni même de tenir debout. (8)
Réellement malades...
L’article termine enfin, en invoquant le sempiternel argument selon lequel le foie stéatosé « ne reflète en rien une pathologie, mais correspond à un état transitoire réversible ». En d’autres termes : un tel foie n’est pas malade ! Je ne connais aucun thérapeute – et encore moins d’anatomo-pathologiste (9) - qui oserait soutenir pareille allégation, et cela pour deux raisons. Tout d’abord, beaucoup de pathologies, de toutes origines, sont réversibles. Fort heureusement pour le malade et le médecin. La réversibilité d’une lésion n’a rien à voir avec « l’état de maladie ». Tout comme une fracture consolidée ne signifie aucunement que l’os n’a pas été cassé. Il y a simplement... guérison ! La stéatose hépatique du foie gras n’échappe pas à cette règle. Le foie a une aptitude incroyable à guérir, à surmonter les agressions extérieures. Bien plus que d’autres organes, comme les reins par exemple, dont les lésions sont bien souvent définitives. Cependant, si le processus de stéatose dépasse un certain seuil - celui de la capacité régénérative du foie - une telle réversibilité disparaît. Il n’y a plus de retour en arrière. Les canards succombent à leur stéatose, comme le montrent d’ailleurs les taux de mortalité (10) particulièrement impressionnants en fin de gavage... Si l’on prolongeait cette pratique ne fut-ce que d’un jour, la plupart d’entre eux y succomberait !
Une conclusion européenne
C’est pourquoi le rapport d’expertise (11) de l’union européenne affirme "En conclusion, il y a des preuves suffisantes qui démontrent que tant la structure que la fonction hépatique sont sérieusement altérées et modifiées chez les oiseaux gavés." . Cette dégénérescence du foie, orchestrée méthodiquement par l'homme sur un animal vivant, est directement et indirectement à l'origine de souffrances mises en évidence par de nombreux scientifiques . (12) Ce rapport insiste encore sur le fait que "les techniques traditionnelles de gavage se sont dramatiquement modifiées durant les trente dernières années pour rationaliser et industrialiser une production afin d'en accroître les bénéfices. Ceci a eu un impact direct tant sur les espèces soumises au processus que sur les conditions de détention et la composition des aliments livrés à la consommation. Ces modifications se sont faites sans aucune considération quant au bien-être animal. Il est évident que non seulement les conditions de bien-être n'ont pas été améliorées, mais qu'au contraire elles se sont détériorées."
Une justification socio-économique insuffisante
Nous sommes bien loin d’une action militante des associations de protection animale pour discréditer un produit aux yeux de la population urbaine, comme voudrait la présenter cet article. Il existe bien un consensus, général, qui reconnaît la cruauté de cette pratique. Les seuls qui le nient sont les producteurs, en France particulièrement puisqu’elle représente à elle seule 80 % de la production mondiale. On comprend pourquoi la seule justification que lui accorde l'UE est d'ordre socio-économique. Pour le reste « le comité scientifique suggère des pistes pour améliorer à court terme le sort des oiseaux, et à long terme il préconise la mise à l'étude de méthodes alternatives au gavage." (13) Tout simplement, pour mettre un terme à cette pratique que le plus élémentaire bon sens condamne, ainsi que les valeurs éthiques qu’il inspire à nos sociétés.
1 - Les travaux de recherche sur le gavage présentés par l'INRA sont financés par le CIFOG, l'interprofessionnelle du foie gras
2 - Valeurs qu’elles affirment par des législations nationales et internationales.
3 - Conseil de l’Europe : Convention Européenne sur la Protection des Animaux dans les élevages - Strasbourg 10/03/1976 (titre I - art 3)
4 - Conseil de l’Europe : Convention Européenne sur la Protection des Animaux dans les élevages - Strasbourg 10/03/1976 (titre I - art 4 - par.1)
5 - Rapport d'un groupe d'expertise belge sur le gavage forcé (1996) : Dr JM Guilmot ; Dr M.Heymann ; Dr Y.Beck ; Dr C.Van Berchem et Professeur René Zayan.
6 - En tant qu’observateur pour la WSPA (world society for the protection of animals) à Strasbourg
7 - Conseil de l’Europe : Convention Européenne sur la Protection des Animaux dans les élevages - Strasbourg 10/03/1976 (titre I - art 6).
8 - op cité 5
9 - op cité 5
10 - Selon les données de la filière elle-même (rapport économique CIFOG), le gavage tue chaque année en France plus d’un million d'animaux...
11 - Rapport de décembre 1998 du Comité Scientifique sur la Santé et le Bien-être Animal émanant de l'Union Européenne
12 - Op cité 5 et « Le gavage des palmipèdes et la production de foie gras: une approche globale d'un choix de société » - Mémoire de fin d'études dans le cadre DES en Environnement ; Université Libre de Bruxelles IGEAT ; 1994 ; Dr Yvan Beck ; Grande distinction
13 - op cité 11
Source : OneVoice
L’élevage, la viande : le désastre
Chaque semaine, dans le monde, près d’un milliard d’animaux sont abattus pour leur viande. Ce nombre colossal inclut environ 900 millions de poulets, 17 millions de moutons et de chèvres, 24 millions de porcs et six millions de bovins.
La province du Brabant flamand ne veut pas d'extension des expériences animales de Philip Morris
L'organisation de défense des droits des animaux GAIA se réjouit de la décision de la province du Brabant flamand qui a refusé la demande de Philip Morris d'augmenter à Heverlee le nombre d'expériences animales (de 1600 à 6850 souris et rats).