
A l'occasion d'un congrès international qui s'est tenu à Cadix (Espagne) et où la LPO était présente, des scientifiques du monde entier ont tiré la sonnette d'alarme concernant l'avenir des petits échassiers dont l'avenir paraît de plus en plus incertain.
Ces oiseaux, appelés aussi limicoles (ou oiseaux de rivage) regroupent les courlis, barges, pluviers, bécasseaux, chevaliers, bécasses, bécassines. La plupart d'entre eux nichent dans la zone arctique de l'hémisphère nord et, deux fois par an, effectuent de longues migrations qui les conduisent parfois jusque dans les zones tropicales.
Les chercheurs réunis à Cadix considèrent aujourd'hui que 48 % de toutes les espèces de petits échassiers sont en déclin. La dégradation continue des zones humides pèse lourd dans l'équilibre de la biodiversité mondiale. Il s'agit de la première menace entraînant la réduction des effectifs de nombreuses espèces et la disparition des plus fragiles d'entre elles.
Les changements climatiques en cours pourraient s'additionner aux menaces existantes en provoquant notamment un accroissement de la forêt boréale vers le nord, au détriment de la toundra où nichent les petits échassiers au moment de la reproduction, entraînant un vrai problème de milieu disponible pour nicher. Une espèce comme le très rare bécasseau spatule (2000 couples au maximum) du nord-est de la Sibérie pourrait rapidement disparaître. De même les espèces nichant plus au sud, dans les milieux prairiaux (barge à queue noire, bécassine, etc.), voient leur zone d'accueil se réduire d'année en année, devant les modifications des pratiques agricoles.
Les grandes zones estuariennes, primordiales pour les oiseaux migrateurs qui y trouvent quantité de nourriture nécessaire à leur migration, risquent, elles aussi, de subir les conséquences des changements climatiques, notamment par l'élévation du niveau des mers. Cela bouleversera bien entendu ces écosystèmes côtiers déjà bien mal en point en raison des multiples activités humaines.
Ces milieux dits «intertidaux», s'ils disparaissent, auront des répercutions dramatiques sur les populations migratrice et hivernantes.
Autre cause de déclin qui concerne particulièrement la France : la chasse pratiquée sur ces oiseaux est trop importante par rapport aux effectifs globaux. Bécassines, combattants variés, vanneaux huppés sont des espèces en mauvais état de conservation en Europe. Or, chaque année, plus d'un million de bécasses, 436 000 vanneaux, 324 500 bécassines et 115 000 autres petits échassiers sont tués sur le territoire national, prélèvement jugé par la communauté scientifique incompatible avec la pérennité de ces espèces.
La France, à l'instar d'autres pays européens, se doit de montrer l'exemple dans la gestion durable des populations de petits échassiers et cesser de considérer qu'il s'agit d'une manne inépuisable. Ces oiseaux sont des espèces hautement indicatrices de l'état dans lequel se trouve actuellement notre planète. Leur déclin, préfigure l'appauvrissement de la biodiversité mondiale.
La LPO suggère que le réseau d'espaces naturels protégés soit renforcé tout au long des voies de migrations des petits échassiers et que, à l'occasion de la future loi sur le patrimoine naturel, leur chasse soit repensée dans un souci de gestion durable.
Source : LPO