
Rostock, Allemagne — Ce matin, des militants Greenpeace ont empêché quatre chalutiers pirates de quitter le port de Rostock en Allemagne au moyen de chaînes et de tonneaux. Un des bateaux a été immobilisé par des chaînes au mur du port et une bannière avec le message: "Stop pirate fishing" (Arrêtez la pêche pirate) y a été accrochée. Un cinquième chalutier de la même flotte avait quitté Rostock la nuit dernière.
Ces cinq bateaux figurent sur la liste noire de l'Union Européenne pour avoir pratiqué la pêche illégale en zone non-autorisée et ne pas avoir déclaré leurs prises - activité connue sous le nom de "pêche pirate" - dans l'Atlantique. Tous ont récemment changé de nom et de pavillon et ont essayé de quitter le port pour gagner la haute mer.
"Le fait que le gouvernement allemand autorise des bateaux à prendre la mer qui sont connus pour pratiquer la pêche pirate, est tout simplement incroyable", déclare Andrea Cederquist, spécialiste de la biologie marine auprès de Greenpeace Allemagne. "Laisser ces bateaux quitter le port sans s'être assuré qu'ils respectent dorénavant les règlements internationaux de pêche est inacceptable".
Les bateaux pratiquant la pêche illégale sont un énorme problème, particulièrement en haute mer et dans les eaux côtières des pays en développement, où ils pillent les poissons - qui y sont le plus souvent la source principale de nourriture - des pays les plus pauvres du monde et détruisent les moyens de subsistance des pêcheurs.
La pêche illégale représente un coût estimé entre 3,4 et 7,6 milliards d'€ par an. Elle est également responsable de la destruction de la vie, non encore explorée, des fonds marins. Beaucoup de bateaux pirates pratiquent le chalutage de fond, connu pour être particulièrement destructeur de la vie très vulnérable des fonds marins telle que les récifs coraliens des eaux froides (1).
Le 19 décembre 2005, Greenpeace avait déjà demandé au gouvernement allemand d'appréhender ces cinq bateaux pirates. A ce moment les bateaux s'appelaient Oyra, Ostroe, Okhotino, Olchan et Ostrovets. En 2005, ils étaient impliqués dans l'effondrement des stocks de thon rouge de l'Atlantique Nord. Entretemps, leurs propriétaires ont changé leur nom. Les bateaux s'appellent aujourd'hui Eva, Junita, Rosita, Isabella et Carmen et ils ont aussi changé de pavillon. Ils sont aujourd'hui enregistrés sous pavillon géorgien. D'après les informations obtenues par Greenpeace, ces chalutiers visent à piller les eaux riches en poissons des côtes de l'ouest africain (Mauritanie), ou alors ils pourraient se rendre dans le Pacifique pour exploiter les fonds marins. Ces deux régions sont caractérisées par une absence de contrôles adéquats ce qui permet à la pêche pirate d'y prospérer.
"Pendant que les responsables politiques du monde entier font de beaux discours sur leur volonté d'arrêter la pêche pirate, des bateaux, tels que les chalutiers de Rostock, continuent chaque jour sur tous les océans leur activité illégale. Si les gouvernements étaient crédibles et sérieux, ils agiraient immédiatement. Ils doivent empêcher ces bateaux de quitter les ports et soutenir un moratoire des Nations Unies concernant le chalutage de fond. Ainsi, ils ne sauveraient pas uniquement les fonds marins de la destruction mais ils enverraient aussi un message clair aux pirates que leurs activités ne seront plus tolérées", a déclaré Sari Tolvanen, responsable de la campagne océans de Greenpeace (2).
Dans les prochains mois, en partenariat avec l'"Environmental Justice Foundation", l'Esperanza, un des bateaux Greenpeace, va exposer comment la pêche pirate décime la vie marine de l'Atlantique et détruit les moyens de subsistance des communautés qui en dépendent. Cette campagne s'inscrit dans le cadre de l'expédition "Défendons nos océans", qui vise pendant toute cette année à exposer les menaces qui pèsent sur nos océans. Greenpeace demande que 40% des océans soient classées en réserves marines pour y préserver la vie (3).
Source : Greenpeace