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Le Canada viole la Convention sur la biodiversité





grippe aviaire Les représentants de 180 pays se réunissent à Montréal, du 12 au 16 novembre, pour assister à une rencontre cruciale sur un important traité international. Malheureusement, une fois au Canada, ils se trouveront dans un pays qui viole ce même traité. Il s'agit de la Convention sur la biodiversité (CB, signée voilà bientôt 10 ans lors de l'historique Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro en 1992. Lors de ce sommet, le Canada s'est fait le champion de la protection de la riche diversité biologique de la terre, et a fait preuve de leadership en devenant le premier pays industrialisé à ratifier le traité.

Ce traité reconnaît que la biodiversité est d'une valeur inestimable et que seul le développement durable permettra à notre planète de survivre. Lorsque le monde entier a donné son accord à ce traité, il a reconnu que la destruction généralisée de l'environnement, notamment la disparition totale des forêts anciennes de 76 pays, était tout simplement insoutenable.

Il est malheureux que les Libéraux, une fois au pouvoir, aient conservé la TPS et le libre-échange du premier ministre Brian Mulroney, mais qu'ils aient laissé tomber son engagement en ce qui concerne la CB. Jean Chrétien, le premier ministre actuel, affirme que le Canada n'est pas un sanctuaire pour les terroristes; mais il n'est pas un sanctuaire non plus pour les espèces en voie de disparition, puisqu'elles sont infiniment mieux protégées au sud de notre frontière.

En respectant la CB, le Canada garantirait à ces espèces la protection qu'elles nécessitent. En vertu du traité, chaque pays est tenu de désigner des zones protégées et d'adopter des lois qui protègent les espèces en voie de disparition et leurs habitats. Dans un monde ayant déjà perdu 80 pour cent de ses grandes forêts, ce traité est plus que jamais essentiel. L'exploitation continue des forêts vulnérables démontre le besoin de les protéger dès maintenant.

Contrairement aux pratiques du gouvernement canadien, la CB reconnaît que les espèces ne peuvent exister sans leurs habitats. La proposition de loi canadienne ne reconnaît pas cette réalité évidente : elle protège la chouette mais ne protège aucunement la forêt qui constitue son habitat. Il est tout aussi inquiétant que la chouette ne soit protégée que si elle se trouve sur des terres de la Couronne, lesquelles ne représentent que cinq pour cent de la superficie du Canada.

Le message transmis aux espèces en voie de disparition est on ne peut plus clair : Réfugiez-vous dans un parc national ou un bureau de poste car ce sont les seuls endroits où vous serez en sécurité.

Et le message transmis au reste de la planète est tout aussi brutal : Notre pays est peut-être l'hôte d'une réunion sur ce traité, mais ne nous demandez pas de le respecter.

En 1992, le Canada s'est engagé à promulguer une loi protégeant les espèces canadiennes en voie de disparition. Aujourd'hui, le Canada compte 352 espèces en voie de disparition et 16 qui sont déjà disparues. Pourtant, après deux lamentables tentatives abandonnées par les libéraux ont eux-mêmes, leur troisième projet de loi sur les espèces en voie de disparition, présentement à l'étude au Parlement, n'est guère mieux.

En n'offrant aucune protection aux habitats, ce projet de loi viole deux articles de la CB concernant la protection des habitats et des écosystèmes.

Ainsi, le projet de loi ne prévoit pas protéger les espaces dont les espèces en voie de disparition ont besoin pour vivre, manger et se reproduire. Cette lacune va à l'encontre non seulement du traité mais aussi de la parole du ministre de l'Environnement, David Anderson, qui a déclaré en 1999 : " Le Canada ne permettra tout simplement pas que les habitats essentiels soient détruits ou laissés sans protection. "

C'est tout le contraire qui se produit. Un rapport récent des Nations Unies montre que parmi les 15 premiers pays boisés du monde, le Canada se classe 12e en matière de protection des forêts avec seulement 7,4 pour cent de leur superficie protégée. En revanche, la Bolivie protège 30 pour cent de ses superficies boisées et la Colombie, 25 pour cent. Les espèces en voie de disparition du Canada - de la chouette tachetée de la Colombie-Britannique au caribou des forêts du Québec - payent le prix parce que la non-protection des forêts abritant les espèces en voie de disparition équivaut à la non-protection de ces espèces.

Avec chaque forêt non protégée et chaque espèce perdue, c'est l'humanité entière qui est menacée. Nous rompons le fragile équilibre de la nature et les interrelations entre les espèces qui sont essentielles au maintien de l'air que nous respirons et de l'eau que nous consommons. Nous perdons aussi tous les secrets que ces espèces pourraient receler, que ce soit un remède pour une maladie inconnue ou la clé d'un cycle de la nature.

Les forêts sont particulièrement importantes parce qu'elles abritent un si grand nombre d'espèces. C'est pourquoi Greenpeace demande qu'un moratoire soit imposé sur l'exploitation de toutes les grandes forêts anciennes, et que l'on accorde une protection véritable de ces forêts ainsi que des subventions pour aider à protéger les forêts et les communautés qui vivent d'elles.

La meilleur façon d'y parvenir consiste à construire une Convention sur la biodiversité efficace, laquelle entrera en vigueur l'année prochaine, dix ans après sa création. En effet, en tant que terre des anciennes forêts boréales du centre et des forêts pluviales tempérées de la côte pacifique, le Canada aurait pu accueillir fièrement la rencontre de la CB.

Heureusement pour le gouvernement du Canada, les négociations auront lieu au centre-ville de Montréal. Sans doute le gouvernement espère-t-il qu'au c?ur de Montréal, les délégués internationaux ne parviendront pas à voir ce qui se passe réellement dans les forêts canadiennes.

Par Tamara Stark
Tamara Stark est la coordinatrice de la campagne sur les forêts de Greenpeace Canada.
2003-11-10 00:00:00


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