
Pris dans l'engrenage de la société de consommation, les animaux de compagnie deviendraient-ils des produits Jetables et recyclables comme les autres ? Dans son livre-brûlot, Un vétérinaire en colère, Charles Danten dénonce l'exploitation dont chats et chiens font l'objet en Amérique. Un constat qui donne à réfléchir.
Urbanisation galopante, solitude des grandes
villes, blues du béton, besoin de combler un
désert affectif. Les raisons de l'engouement
grandissant pour les pets (animaux de compagnie)
ne manquent pas. Dans les années 60, en
Californie, la population humaine a augmente de
24 %, tandis que celles des chats et chiens
grimpaient respectivement de 66 et 85 %. Censés
nous aider à garder un contact avec la nature,
ils ont bascule progressivement dans un mode de
vie aussi artificiel que le nôtre. A partir des
années 80, à la nostalgie de la pseudo-nature,
s'ajoute le conformisme, le désir de se calquer
ä une image sociale, de suivre la mode. Vivre
sans animal devient presque anormal.
Omniprésente dans les spots publicitaires, leur
image " humanisée " fait vendre n'importe quoi.
Prendre en compte leurs besoins réels et,
surtout, leur psychologie est une autre affaire.
Résultat : aux Etats-Unis, selon des estimations
récentes, près de quatre millions de chiens et
de chats sont euthanasies dans les cliniques
vétérinaires chaque année. Pas forcement parce
qu'ils sont atteints de maladies incurables mais
bien souvent pour la convenance des
propriétaires ou parce qu'ils présentent des
problèmes de comportements gênants. S'ils
étaient des machines, on parlerait de
défectuosité. En réalité, leurs maîtres ignorent
tout simplement le " mode d'emploi " d'un chien
ou d'un chat. Et ne cherchent pas ä le
connaître.
Quand l'animal cesse de plaire, tous les
prétextes sont bons pour s'en défaire :
allergie, agressivité, malpropreté, tendance à
fuguer, nuisance, griffades, etc. Le vieux
dicton selon lequel " qui veut se débarrasser de
son chien (ou de son chat) l'accuse de la rage "
est toujours d'actualité. Si le vétérinaire
sollicité ne se montre pas coopératif, on en
trouvera un autre, qui, ne connaissant ni
l'animal, ni son maître, se montrera moins
réticent. En dernier recours, il reste
l'abandon. D'après une étude récente citée par
le docteur Danten (l), entre six et sept
millions de chats et de chiens sont euthanasiés
chaque année dans les refuges aux Etats-Unis.
Bon nombre d 'entre eux finissent à
l'équarrissage.
La majorité des Américains ne garderaient
leur chien que deux ans ou même moins. En effet,
les statistiques indiquent que
50 % des chiens et 75 % des chats vivants dans
les foyers ont moins de trois ans.Cela suppose
un roulement assez effarant car " seulement 5 %
de la population de chats et de chiens arrivent
à vivre jusqu'à douze ans ". Chiffre surprenant
quand on sait que l'espérance de vie d'un chien
est de quinze ans et celle d'un chat de vingt
ans. Les Américains ont beau les appeler " mon
bébé " ou " darling ", les toiletter, les
bichonner, les chouchouter, les désodoriser,
leur mettre des noeuds dans les poils, les
colorer ou les décolorer, les emmener dans des
restaurants trois étoiles ou les mettre au
régime, ce n'est pas la joie pour leurs "
enfants " à quatre pattes. Enfant-marchandise
qu'on jette après usage pour en prendre un
autre, plus jeune, plus fringant, avec tous ses
poils et toutes ses dents, exactement comme on
change d'automobile. Cet amour monstre, qui
dévore tout, n'est que l'expression de l'
égoïsme effréné de la société d'
hyper-consommation. Dans une société où tout
s'achète, les animaux ne pouvaient échapper à la
marchandisation. Ils représentent un marché
juteux pour les multinationales qui proposent
des aliments de plus en plus varies, pour les
laboratoires pharmaceutiques, les fabricants
d'accessoires et les supermarchés animaliers.
Ils font vivre les vétérinaires, les éleveurs,
les dresseurs. Ils sont les seuls ä ne tirer
aucun bénéfice de leur popularité. Chose sûre :
il vaut mieux être chat en France que dans le
pays le plus riche du monde. Du moins pour
l'instant. Car il paraît que nous finissons
toujours par copier les Américains. Les chiffres
cites plus haut sont tires de l'ouvrage de
Charles Danten. Même si certaines prises de
position paraissent outrancières, son livre
donne bigrement à réfléchir. Prenons-le comme
une mise en garde. Puissions-nous ne pas oublier
qu'aimer un animal c'est d'abord le traiter pour
ce qu'il est, respecter sa différence et non lui
imposer nos caprices et notre boulimie de
possession. Après tout, chats et chiens n'ont
pas demandé à vivre avec nous. A propos :
Hillary Clinton a fait dégriffer Socks, le chat
noir du Président, provoquant ainsi la colère
des sociétés de protection animale américaines.
Socks faisait ses griffes, paraît-il, sur les
rideaux de la Maison-Blanche et la première Dame
des Etats-Unis n'avait sans doute pas envie
d'engager des frais pour les remplacer à
quelques mois de son départ.