
La vie sauvage pourrait être si tranquille – s'il n'y avait pas l'homme pour la maltraiter. "Les trafics illégaux d'animaux et de plantes sauvages représentent la troisième plus importante activité criminelle au monde, après les armes et la drogue, pour un montant de 160 milliards de dollars par an, rapporte The Independent.
Même les Nations unies ont pris la mesure du problème, en inscrivant "pour la
première fois" cette question sur leur agenda. Au Royaume-Uni aussi, une unité
d'enquête sur les crimes commis à l'encontre de la vie sauvage a été mis en
place en 2002, précise Ruth Padel au quotidien britannique. Cette auteur d'un
ouvrage sur les tigres a réalisé un reportage traitant de la question du trafic
d'espèces sauvages, qui l'a menée de l'Asie à l'Amérique.
En effet, c'est en Asie, et notamment dans les forêts tropicales, que les
effets sont les plus sensibles. Mais "si les menaces sur les tigres et les
éléphants sont évidentes, l'existence des rhinocéros, des ours, des loutres, des
léopards, des singes et autres primates est également en danger".
Les pérégrinations asiatiques auxquelles l'auteur nous invite témoignent, en
dépit des discours officiels et des textes de loi, d'une situation d'impunité
sur le terrain. Ainsi, "l'Indonésie possède la meilleure législation de
protection de la nature sauvage, mais elle n'est pas appliquée". Au Laos, "la
majorité des trafiquants sont vietnamiens, et le gouvernement laotien protège le
commerce en l'ignorant". L'Inde, pays qui abrite la plus forte population de
tigres, n'a paradoxalement pas d'équipe chargée de la protection de ces grands
félins. Alors même qu'"il existe une mafia indienne très organisée, qui tue ou
mutile une centaine de gardes forestiers chaque année".
Reste que les trafics d'animaux sauvages ? vendus vivants comme animaux de
compagnie ou morts pour leur peau, leurs os, leur viande, les poils de leur
moustache ou leurs griffes - "aboutissent généralement en Chine, où, dans le
Sud, on mange tout ce qui possède quatre pattes sauf les tables, et tout ce qui
possède des ailes sauf les avions".
Par ailleurs, le trafic se nourrit de la demande asiatique en remèdes
traditionnels, qui accordent toutes sortes de vertus à certains animaux. "A
Bangkok, le pénis de tigre mariné dans le whisky" rendrait "fort", tout comme au
Laos le "python épicé". En Chine, l'os de tigre est considéré comme un
analgésique.
Mais le comble du trafic consiste à utiliser des animaux sauvages pour
transporter de la drogue. "L'aéroport de Miami a récemment trouvé 39 kilos de
cocaïne dans 312 boas constrictors exportés légalement de Colombie. De son côté,
la police brésilienne estime que, pour 60 kilos de drogue passés par des 'mules'
humaines, 40 kilos le sont par des animaux sauvages."
Source :
courrierinternational.com