
Apparemment empoisonnées par des toxines d'algues favorisées par la pollution et le réchauffement climatique, plusieurs otaries de Californie se sont échouées ces derniers jours dans le sud de l'Etat, et des spécialistes s'inquiètent du développement du phénomène.
"Nous avons retrouvé cinq otaries lors des trois jours du week-end" du Memorial Day sur les plages de Los Angeles, a expliqué à l'AFP Peter Wallerstein, président du Whale Rescue Team, une organisation non-gouvernementale qui recueille les mammifères marins blessés.
Selon lui, ces derniers jours, près d'une dizaine de "Zalophus Californiacus", des otaries qui peuvent atteindre 340 kg pour les mâles et 100 kg pour les femelles, sont arrivées, déjà mortes ou gravement intoxiquées, sur le rivage.
Ces animaux souffrent d'une concentration en acide domoïque, une toxine contenue dans des algues rouges, a-t-il indiqué. Si les otaries ne mangent pas d'algues, elles sont les prédatrices d'autres animaux qui s'en nourrissent, comme des crustacés ou des poissons.
Or, ces algues rouges, les "Chondria armata", semblent se développer rapidement cette année dans cette zone de l'océan Pacifique.
"Nous ne savons pas si c'est dû à la pollution ou au réchauffement de la planète", a précisé M. Wallerstein. Mais selon lui, "c'est la première fois que ce phénomène intervient si tôt dans l'année" en Californie du Sud.
Les quelques spécimens d'otaries qui arrivent sur les plages "ne sont que la partie émergée de l'iceberg", s'est alarmé ce spécialiste, pour qui un nombre bien plus important de mammifères meurent avant d'avoir atteint le rivage.
Fait aggravant, cette "épidémie" intervient en pleine saison des naissances, au début du mois de juin. "La plupart des animaux échoués sont des femelles pleines", a-t-il remarqué.
Jim Oswald, attaché de presse du Centre des mammifères marins de Sausalito, près de San Francisco, à 600 km au nord de Los Angeles, rappelle que les cas d'intoxication à l'acide domoïque sont récurrents à chaque été sur toute la côte de Californie, depuis la découverte des premiers cas, en 1998.
"Habituellement, pour nous, la saison commence début juin, et finit fin septembre", explique-t-il à l'AFP. "Il y a des années où le nombre de spécimens malades explose, d'autres où il diminue". En 2000, par exemple, 178 otaries présentant les symptômes d'intoxication à l'acide domoïque ont été recueillies, contre une moyenne habituelle de 70 par an.
"Mais il y a clairement quelque chose qui est en train de se passer", a prévenu M. Oswald, rappelant que la santé de ces animaux témoigne aussi de la santé de la mer, avec des implications sur la vie humaine.
"Les otaries et les hommes partagent la même alimentation. Il existe des cas d'intoxication humaine à l'acide domoïque" après ingestion de poissons ou de coquillages contaminés, a-t-il souligné.
Les otaries de Californie, qui seraient des dizaines de milliers à vivre le long des côtes de l'Etat, ne sont pas considérées comme une espèce en voie de disparition. Il est très commun de les apercevoir sur des rochers ou des pontons dans les ports, comme à San Francisco. Certains spécimens apprivoisés sont même montrés dans des parcs marins.
Source : TSR.ch