Photos et vidéo à l'appui, GAIA (Groupe d'Action dans l'Intérêt des Animaux) met en avant les souffrances qu'endurent les animaux élevés pour leur fourrure. Des images, filmées clandestinement en Scandinavie et en Belgique, montrent les conditions déplorables dans lesquelles vivent les renards et les visons en captivité.
Blessés par automutilation
Dans ces élevages, les renards enfermés acquièrent un
comportement anormal. Ils deviennent nerveux et tournent sans
cesse en ronddans leur cage. Ce qui est, selon GAIA, " une preuve évidente de
souffrancementale et de mauvaise qualité de vie".
La réalité des visons est, quant à elle, encore plus cruelle.
Parfois à trois dans une même cage, ils survivent dans une
surface de 86 cm sur 30 ou 40 cm de hauteur, alors qu'ils sont habitués à
un territoire de quelques kilomètres carrés à proximité de l'eau.
Conséquence de cet enfermement? Les visons d'élevage s'automutilent, en se
mordant la queue à sang, et s'agressent entre eux.
D'autres, morts suite à leurs blessures et aux mauvaises conditions d'hygiène,
gisent dans leurs cages dont le sol est en caillebotis, surface inconfortable
mais très efficace pour évacuer rapidement les excréments.
Pour obtenir la fourrure, les éleveurs d'Europe tuent les animaux selon deux
méthodes. Attachés par une boucle autour de leur gueule, les renards subissent
une électrocution anale, puis buccale. Les visons sont, eux, gazés. Ils se
débattent et se heurtent en retour à la brutalité de certains éleveurs qui les
cognent contre les murs de la salle de gazage.
Hier, GAIA a présenté ces images au ministre en charge du Bien-Etre animal, Rudy
Demotte. Les résultats d'un sondage d'opinion, selon
lequel 79% des Belges seraient favorables à l'adoption d'une loi interdisant
l'élevage d'animaux pour leur fourrure, ont également été communiqués au
ministre. Rudy Demotte est resté sur sa réserve quant à une éventuelle abolition
en Belgique et a invité GAIA à lui fournir les preuves
d'éventuels mauvais traitements, auquel cas des sanctions seraient prises.
En Belgique, il existe 23 élevages de visons, tous situés en Flandre. Et si les
images ne pointent du doigt aucun éleveur en particulier, c'est parce que" ce
sont les mêmes partout", affirme GAIA.
"C'est toujours à nous qu'on s'en prend"
Incompréhension chez les éleveurs belges
AALTER La BEFFA, Association belge d'éleveurs d'animaux à fourrure, se défend de
toute souffrance infligée aux visons et aux renards. Nous avons rencontré dans
sa ferme d'élevage Marnix Van Laecke, président des éleveurs belges, qui se
défend: " A la base, une sélection importante est opérée. Si les animaux étaient
agressifs, on ne pourrait pas les garder. Ces blessures ne sont donc pas
possibles." Quant aux mises à mort atroces subies par les animaux à fourrure,
Marnix assure qu' "il n'y a pas de souffrance inutile, ils meurent tout de
suite, en suivant la réglementation en vigueur en Europe". De bonne foi, il nous
invite à faire le tour du propriétaire, un élevage où chaque année 10.000 jeunes
visons sont tués. Il nous apprend que la BEFFA est à
l'origine d'une demande de réglementation sur les conditions d'hygiène et les
dimensions des cages, mais que rien
n'a encore abouti.
Les jeunes visons sont généralement séparés de leur mère au bout de huit
semaines et sont ensuite isolés chacun dans une cage. Il arrive néanmoins que
certains restent avec leur maman, mais " cela ne provoque pas de bagarre",
ajoute-t-il. Quand on lui parle de l'automutilation de certains visons,
l'éleveur accuse Gaia d'utiliser de vieilles images, probablement pas filmées en
Belgique. " En 2002, explique-t-il, tous les élevages de Belgique ont subi un
contrôle de la part du ministère du Bien-Etre animal et tous respectaient le
bien-être des animaux, durant leur captivité et lors du gazage." Alors, quand on
demande à Marnix ce qu'il pense de la demande faite par Gaia au gouvernement
d'abolir ces élevages, il ne comprend pas. " Pour nous (les éleveurs), c'est
dur. C'est toujours à nous qu'on s'en prend." Il y a quelques années, des
groupes d'action, dont on ignore toujours l'identité, avaient mené des attaques
contre quatre élevages belges, en ouvrant notamment les cages des visons.
Charlotte Vanbever
© La Dernière Heure 2004
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