Lors d'une série d'incursions dans diverses boutiques londoniennes, la police a saisi des produits en ivoire pour une valeur marchande supérieure à 25.000 £. Cette opération, menée par la police métropolitaine en collaboration avec les gendarmeries des comtés du Gloucestershire, de l'Avon et du Somerset, rentrait dans le cadre des efforts entrepris pour mettre un frein au trafic qui décime les populations d'éléphants en Afrique et en Asie. En plus des prises effectuées à Londres, les descentes de police effectuées dans le Gloucestershire ont permis de saisir plus de 60.000£ de produits en ivoire. Des quantités importantes d'ivoire brut (près de 80 kg selon les estimations de la police) ont également été saisies lors d'un autre coup de filet.
Selon Andy Fisher, Chef du service en charge de la faune, (Metropolitan Police Wildlife Crime Unit) : Cette opération coordonnée a prouvé l'engagement de la police, qui semble bien décidée à s'attaquer au trafic des espèces menacées. Celui-ci constitue en effet un secteur important de la criminalité, qui continuera à prospérer tant que les consommateurs britanniques achèteront des produits issus d'espèces menacées."
Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW – www.ifaw.org) s'est réjouit des efforts de la police britannique. Cependant, IFAW en appelle également au Gouvernement, lui demandant d'appliquer la législation existante, qui rendra ces délits passibles d'arrestation.
En effet, en novembre 2003, le Parlement britannique a approuvé l'ajout au Criminal Justice Act de nouveaux pouvoirs et de nouvelles peines, afin d'augmenter les peines d'emprisonnement maximales pour le trafic d'animaux sauvages, les faisant passer de deux à cinq ans, et de donner à la police la possibilité de procéder à l'arrestation pour de tels crimes.
Le Department for Environment, Food and Rural Affairs (Defra, Secrétariat à l'environnement, à l'alimentation et aux affaires rurales) a négligé de manière persistante la modification des réglementations existantes de façon à intégrer la nouvelle loi. La Commission d'Audit environnemental de la Chambre des Communes a récemment demandé au Defra d'agir sans délai et de faire appliquer cette nouvelle loi.
Jenny Hawley, responsable de la campagne d’IFAW sur le commerce des animaux sauvages, le confirme : "Si le Defra avait appliqué ces pouvoirs, beaucoup plus de suspects seraient maintenant derrière les barreaux, ce qui aurait eu également un effet dissuasif pour les autres. L'absence d'action du Secrétariat au cours des 12 dernier mois marque une totale indifférence à la volonté du Parlement et elle envoie un message clair à tous ceux qui font de la contrebande d'animaux sauvages dans le monde et leur fait savoir que les affaires continuent en Grande-Bretagne.
Interpol estime que le trafic d'animaux sauvages correspond à un marché de plus de 6 milliards d'euros par an, ce qui correspondrait au troisième marché illégal derrière la drogue et les armes. Londres est depuis longtemps une plaque tournante pour le trafic d'animaux sauvages. Malheureusement, il est à craindre que cette dernière prise ne soit que la partie apparente de l'iceberg pour ce trafic.
Un rapport publié par IFAW en mars 2004 et intitulé Elephants on the High Street – an investigation into ivory trade in the UK (Eléphants dans la rue, enquête sur le commerce de l'ivoire au Royaume-Uni) a découvert des preuves qu'il existait un commerce florissant et incontrôlé pour l'ivoire au Royaume-Uni. Presque tout l'ivoire en vente dans les boutiques d'antiquités et sur Internet l'est illégalement, sans les documents requis.
L'existence et la permanence du marché de l'ivoire reste l'une des grandes menaces qui pèsent sur les éléphants aujourd'hui. Le braconnage de l'ivoire décime les éléphants dans de nombreux pays africains. Il y a cinquante ans, trois millions d'éléphants parcouraient le continent africain ; aujourd'hui, ils sont moins de 500 000.
La situation des éléphants d'Asie est encore plus précaire. Du fait du braconnage pour l'ivoire, combiné à une dégradation massive de l'habitat, ce sont à peine 35 000 individus qui subsistent dans la nature. En Chine, par exemple, il reste tout juste 250 animaux. Etant donné que seuls les mâles ont des défenses, le braconnage de l'ivoire a provoqué un glissement démographique qui fait que les populations sont désormais essentiellement composées de femelles sans défenses. En outre, tous les mâles n'ont pas de défenses, ce qui reflète probablement l'intensité de la chasse dans le passé.
Dans certaines régions de l'Inde, le rapport entre le nombre de femelles et celui des mâles adultes est déjà de 100 pour 1. Ces populations ne pourront pas se reproduire assez rapidement pour survivre à long terme.
Extrait de IFAW
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