
Un message du WDCS vient de nous avertir que le delphinarium Six Flags (Ohio,
USA) a fait une demande au Gouvernement des États-Unis pour obtenir un permis
d'importation de deux orques.
Celles-ci proviendraient d'établissements européens et l'une des
"candidates au voyage" n'est autre que la petite orque Shouka, qui
est détenue aujourd'hui au Marineland d'Antibes.
L'exportation de cette femelle ne doit pas avoir lieu pour les raisons
suivantes :
Agée de neuf ans à peine, Shouka est beaucoup
trop jeune pour participer à un programme de reproduction qui, de toutes façons,
se solde le plus souvent par d'horribles échecs.
En milieu libre, les orques ne se reproduisent qu'à partir de douze
ou seize ans.
Dans l'intervalle, en se livrant à des activités de "baby sitting"
ou en aidant leur mère à élever les petits, elle acquiert peu à peu ses
compétences maternelles auprès des autres femelles du clan. Cet écolage
essentiel est impossible en bassin et les jeunes orques, comme toutes les mères
captives, sont donc de mauvaises mères.
A titre d'exemple, on se rappellera que l'orque "Belen", détenue à
l'aquarium Mundo Marino (Argentine) s'est retrouvée enceinte à l'âge de
onze ans. De ce fait, son bébé est mort au moment de la naissance et elle-même
est décédée en 2000.
Arracher Shouka au groupe, certes artificiel, mais familier, qui
constitue son environnement au Marineland d'Antibes et la transporter
à des milliers de kilomètres de là pour la mettre brutalement en présence
d'un parfait inconnu, l'orque mâle Kshamenk, de Mundo Marino, risquent d'être
des expériences extrêmement traumatisantes que cette jeune orque supportera
avec peine.
Shouka est certes née captive mais elle n'en est pas moins issue d'un groupe
fondateur originaire des eaux Islandaises, lequel groupe possède son dialecte
et sa culture propre. L'orque Kshamenk, pour sa part, qui vit aujourd'hui au
Mundo Marino, provient des eaux côtières de l'Argentine. Ces deux types
d'orques ne devraient donc en principe jamais se rencontrer en milieu naturel.
Les conditions du voyage seront traumatisantes pour la petite orque
Shouka.
Rappelons qu'en août 1968, une jeune orque mâle du nom de
"Tula", capturée dans les eaux de la Colombie Britannique, fut
transportée par avion jusqu'au delphinarium de Harderwijck, aux Pays-Bas, au
terme d'un voyage qui dura 68 heures, soit près de 33 heures de plus que prévu.
Tula survécu à ce voyage mais mourut trois mois plus tard.
En février 1994, un vol non-stop transporta une autre orque mâle connue sous
le nom d'Ulysse depuis Barcelone jusqu'au Sea World de San Diego. Ce vol
rencontra diverses avaries techniques lors du déchargement, ce qui infligea
une attente de plus de 17 heures à l'orque captive avant qu'elle puisse
retrouver un bassin. Les conséquences de cette épreuve sur l'animal ne sont
pas connus.
En 1995, une jeune orque mâle du nom de «Tanouk» fut transportée par voie
aérienne depuis le Marineland d'Antibes (France) jusqu'au Izu-Mito Sea
Paradise (Japon). Les observateurs ont rapporté que le corps de l'animal était
terriblement abîmé par le voyage. Tanouk portait plusieurs blessures très
visibles à l'abdomen et sur l'aileron dorsal.
En avril 2001, la femelle adulte du nom de Bjossa fut à son tour transportée
depuis l'Aquarium de Vancouver (Canada) jusqu'au Sea World de San Diego. On
savait pourtant, dès le mois de mars 2000, que cette orque souffrait d'une
maladie grave susceptible de menacer sa vie. Les observateurs présents ont
noté l'extrême détresse de l'orque durant le transport et ses appels sifflés
pitoyables. Quelques mois à peine après son arrivée à Sea World, soit en
octobre 2001, Bjossa mourut de broncho-pneumonie.
Le Gouvernement français, avant que d'accorder son permis
d'exportation, devrait d'abord se souvenir ce que pareil voyage a coûté à
l'orque Tanouk, morte dès son arrivée dans sa "nouvelle demeure".
Il devrait également noter à quel point ce ce
transfert annoncé, qui ne répond qu'à des impératifs commerciaux, viole de
manière flagrante les règlements européennes en la matière.
On sait en effet que les orques, comme d'autres grands cétacés, sont
mentionnés par l'Annexe A des Règlements de la Communauté Européenne, qui
mettent en oeuvre la Convention sur le Commerce International des Espèces de
Faune et de Flore en danger (CITES).
Selon ces réglementations, l'exportation d'un animal relevant de l'Annexe A
ne peut être autorisé pour de "simples raisons commerciales".
Il est clair pourtant que le but qui sous-tend le transfert de cette orque
d'un bassin à un autre est l'intention
de la faire participer à des exhibitions publiques et de l'amener à se
reproduire de manière artificielle avec l'orque Kshamenk pour
"faire" - dans le meilleur des cas - de "l'orque
domestique", but qui, de toute évidence, est fondé sur une motivation
strictement lucrative.
De ce fait, les autorités publiques françaises ne sont en principe pas légalement
autorisée à accorder un permis d'exportation pour l'orque Shouka.
Enfin, le Marineland d'Antibes lui-même devrait être averti de
ce que nombre de personnes dans le monde commencent à être fatiguées de
voir ce établissement commercial français prétendre de manière fallacieuse
à des visées scientifiques ou assurer qu'il ?uvre pour le bien-être des océans,
alors même qu'il détient des orques captives dans des conditions qui
injurient l'éthique humaine autant que le simple bon sens.
Ses bassins pourraient mesurer le triple que cela ne changerait rien:
ces créatures libres et nobles sont faites pour l'océan, et non pour faire
les clowns en soulevant des crétins sur le bout de leurs rostres.
Il est plus que temps que "l'exception d'Antibes et d'Astérix"
prenne fin et que la France entre enfin de plein pied dans le 21ème siècle
en interdisant une fois pour toutes et de manière légale ces pratiques
cruelles d'exhibitions publiques de cétacés, en même temps que la chasse
aux oiseaux migrateurs ou les corridas subsistant encore sur son territoire.