Plus de cinq ans après la réintroduction
de trois ours dans les Pyrénées centrales, cet animal a toujours un
avenir incertain dans le massif. Principal problème : le faible nombre
d'individus, qui ne garantit pas la survie de l'espèce.Réintroduits sur fond de polémique dans le massif
pyrénéen, les ours pourront-ils, à terme, y survivre ? A ce
jour, les observations de l'équipe de suivi font état de six ours
issus de la réintroduction: les aînés slovènes Pyros et Ziva et
quatre jeunes adultes nés en France (Caramelles, Boutxy, Kouki et Néré).
Le troisième ours slovène, Melba, avait été tué accidentellement
par un chasseur en 1997, et deux oursons ont été retrouvés morts en
1997 et 2001. A ces six individus, il faut ajouter une population résiduelle
d'une dizaine d'ours autochtones dans les Pyrénées-Atlantiques, à
l'ouest de la chaîne. Actuellement, "les risques d'extinction sont
encore élevés, avec seulement deux femelles dont une vieille",
note Pierre-Yves Quenette, responsable de l'équipe de suivi des Pyrénées
centrales.
Il est cependant difficile d'avancer un nombre pour
une population viable. "Les modèles varient", explique le
biologiste "d'une vingtaine d'individus à une cinquantaine, voire
plus". En revanche, les scientifiques saluent une adaptation
biologique réussie, illustrée par un faible taux de mortalité des
oursons, la maturité sexuelle de Caramelles et des comportements
alimentaire et d'hibernation comparables à ceux observés dans d'autres
pays.
L'opposition des élus et des bergers
Mais la réintroduction fait face à l'opposition de
certains élus et d'une bonne partie du monde pastoral. En mars 2000, un
amendement à la loi chasse autorisant la recapture des ours slovènes
avait même été déposé par Augustin Bonrepaux, député PS de l'Ariège,
avant d'être annulé par le Conseil d'Etat. Avant d'envisager une
nouvelle réintroduction, "inévitable pour assurer la survie de
l'espèce" selon M. Quénette, le ministère de l'Environnement
souhaite "aboutir d'ici fin 2002 à un plus large consensus".
D'ici là, partisans et opposants tentent de gagner
du terrain. L'Association pour le développement économique et
touristique (ADET), partenaire de la réintroduction regroupant
plusieurs communes de Haute-Garonne, s'efforce de valoriser le label
"pays de l'ours". Quelque 70 professionnels (restaurateurs,
apiculteurs, artisans...) utilisent son image.
En revanche, l'ADDIP (Association pour la défense et
le développement de l'identité pyrénéenne) milite pour le retrait
des ours, dénonçant "l'insuffisance et la lenteur d'attribution
des aides". "Les indemnisations ne prennent pas en compte les
brebis blessées, les avortements, les disparitions", avance Alain
Naudy, président de l'ADDIP et maire d'Orlu (Ariège), et "l'ours
décourage les jeunes éleveurs et pose des problèmes de sécurité
pour la population et les touristes". Cohabiter ou pas avec l'ours,
la question devra être tranchée par le prochain gouvernement, l'actuel
ayant affirmé que "la restauration de l'ours ne se ferait pas
contre les Pyrénéens".
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