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«Aux juifs et aux musulmans pratiquants, nous proposons de devenir végétariens»





grippe aviaire La Protection suisse des animaux (PSA) n'a pas attendu les débats parlementaires à propos de la loi sur la protection des animaux, ni même le message définitif du Conseil fédéral pour contre-attaquer.

Pourtant, la proposition de Pascal Couchepin de réintroduire l'abattage rituel à la faveur de cette révision suscite des réactions que personne n'avait anticipées: violemment critiquée en consultation, l'idée lancée au nom de la liberté religieuse est désormais au centre d'un débat populaire qui ne fait guère mine de s'essouffler. Et il n'est pas exclu que la teneur du projet fédéral s'en trouve modifiée. Reste qu'aux yeux du président de la PSA, Heinz Linehard, la révision en cours n'est rien d'autre qu'une «farce». L'organisation annonçait donc mardi à Berne le lancement de l'initiative populaire «Protection des animaux-OUI». Les auteurs de ce texte exigent donc la réintroduction dans la Constitution de l'interdiction d'abattre des animaux sans étourdissement. Mais, contrairement à ce que prévoit la loi actuelle, ils souhaitent également qu'«animaux et produits d'origine animale ne puissent être importés que si leur fabrication à l'étranger ne contrevient pas à la législation fédérale». Autrement dit: non seulement les abattages rituels continueront d'être exclus, mais viandes casher et halal seront interdites d'importation. Plus largement, l'initiative demande que les mises à mort soient «justifiées par un motif valable» et réservées à des professionnels. Les expériences sur les animaux seront remplacées, «dans la mesure du possible», par des méthodes de substitution. Enfin, des «défenseurs» des animaux seront institués en tant que représentants légaux en cas de conflit juridique. Le vice-président de la PSA, Alain Zwygart, et le président de la Société vaudoise de protection des animaux (SVPA), le vétérinaire Samuel Debrot, évoquent leur conception des droits des animaux et disent pourquoi, s'agissant de l'abattage rituel, ces droits priment sur la liberté de croyance.

Le Temps: Suite à la consultation, le Conseil fédéral pourrait encore changer son projet de révision et renoncer, notamment, à autoriser l'abattage rituel. Pourquoi ne pas avoir attendu son message définitif pour lancer votre initiative?
Alain Zwygart: La révision proposée n'est pas satisfaisante à maints égards. Quels que soient les changements qui y seront encore apportés, elle signifie globalement un recul par rapport à la loi actuelle. A quoi s'ajoute que notre but est d'inscrire les fondements de la protection des animaux dans la Constitution, plus difficile à modifier qu'une loi.

? Pourquoi interdire aussi l'importation de viandes provenant d'animaux n'ayant pas été abattus selon les principes de la loi suisse?
A. Z.: Nous imposons des règles strictes aux paysans suisses, il nous semble normal de les appliquer de la même manière à tout ce qui est consommé. Pensez à la viande aux hormones ou à l'élevage en batterie: à quoi bon interdire ce type de production si on autorise l'importation de produits qui en sont issus?
? Quelle solution s'offre aux juifs et musulmans pratiquants qui souhaitent manger de la viande casher et halal, s'ils ne peuvent l'importer?
A. Z.: Il faut préciser que ces pratiquants ne constituent qu'une toute petite minorité. Il y a quelque 2000 personnes en Suisse qui mangent de la viande casher. Et s'agissant de viande halal, le chiffre ne doit guère être plus élevé. A ces gens, nous proposons de devenir végétariens, pourquoi pas?

? Ne craignez-vous pas d'être associés aux antisémites et aux racistes dans cette campagne?
A. Z.: J'ai de la peine à vous répondre. Il est vrai que, en 1893, l'objectif d'interdire l'abattage sans étourdissement a été repris à leur compte par les antisémites. Il faudra évidemment être attentifs, empêcher tout dérapage. Nous, nous ne luttons que pour imposer un geste technique, dont l'importance est scientifiquement prouvée, dans l'intérêt de l'animal. Comme est prouvé le fait que la douleur de l'animal est réelle dans le cadre de l'abattage rituel, quoi qu'en disent certains juifs.

? En sommes, vous estimez que la protection des animaux est supérieure à la liberté de croyance...
Samuel Debrot: Tout à fait, même si cela est sans doute dû en partie aux intérêts que nous défendons, qui sont ceux des animaux, pas ceux des humains. Il faut poser des limites à la liberté de croyance. L'abattage rituel est une forme de sacrifice qui ne doit plus exister. Sinon, pourquoi ne pas autoriser aussi les sacrifices d'enfants?

? Au nom des principes que vous défendez, pourquoi ne pas interdire également chasse et pêche?
A. Z.: On ne peut pas interdire la chasse, parce qu'alors, nous serions envahis par le gibier. Mais, comme toute mise à mort d'animaux, nous voulons qu'elle soit une affaire de professionnels.
S. D.: Notre objectif n'est pas de sauver les animaux de la mort: lorsqu'ils sont âgés par exemple, l'euthanasie vaut parfois mieux que la mort naturelle. Dans le cas de la chasse, nous souhaitons que l'exemple genevois, où elle est en quelque sorte professionnalisée, soit généralisé. Et aux pêcheurs, nous demandons qu'ils achèvent le poisson immédiatement après l'avoir sorti de l'eau. Il est vrai que nous avons encore du travail dans ce domaine.

? Les membres de la PSA citent volontiers l'exemple allemand comme modèle en matière de droits des animaux. Pourtant, ce pays qui autorisait déjà les abattages rituels juifs, vient de faire de même pour les musulmans. Et la plupart des pays d'Europe ont des pratiques semblables...
S. D.: Il est vrai que peu de pays interdisent l'abattage rituel, parce que la plupart d'entre eux sont moins avancés que la Suisse en matière de protection des animaux. Quant à l'Allemagne, pour des raisons historiques évidentes, elle pouvait difficilement interdire quoi que ce soit aux juifs. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas les protecteurs des animaux de protester.
2002-01-30 22:40:00


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