Or, le dossier d’évaluation de ce nouveau produit systémique, véhiculé dans l’ensemble de la plante via la sève, indique qu’il est « toxique pour les oiseaux » et présente « des risques élevés pour les granivores ». Seuls les dangers liés à l’intoxication aiguë par la consommation de graines sont envisagés. Pourtant, tout insecte qui se nourrit ou se trouve en contact avec la plante est contaminé. Les insectes prédateurs, tout comme l’ensemble des oiseaux insectivores, sont ainsi exposés à une concentration du produit dans leurs tissus. Cette contamination par voie alimentaire, sans être mortelle par elle-même, peut engendrer des désordres physiologiques, avec des conséquences sur la survie des individus ainsi contaminés. S’agissant d’un neurotoxique à très faible dose (de l’ordre de quelques millionièmes de gramme pour une abeille), les effets sur les insectes prédateurs et les oiseaux insectivores sont à envisager sérieusement. Malheureusement, aucune étude n’est produite dans le dossier d’inscription de ce produit.
En outre, même si le produit n’est pas considéré comme rémanent, l’un de ses métabolites (produit de dégradation) l’est au point qu’il est recommandé de ne pas cultiver une plante mellifère (exploitable par l’abeille domestique) les années suivantes. Ce type de produit ne doit pas non plus être employé à nouveau avant la quatrième rotation de culture, afin de préserver la qualité de l’eau ! Et, pour que cette substance ne présente aucun risque immédiat, les semoirs devraient fonctionner sans faille et les agriculteurs seraient obligés « d’enfouir les semences traitées dans le sol et de s’assurer qu’elles soient bien enfouies dans le sillon ». On imagine tout à fait les agriculteurs récupérant, à l’aide de pelles et de balais, les semences laissées à l’air libre sur des dizaines ou des centaines d’hectares !
Force est de constater, en tout cas, que dans toute l’Europe, et en particulier en France, les populations d’oiseaux des zones agricoles ont chuté de 30 à 40 % en moyenne depuis les années 1980-1990 ! En Angleterre, l’ornithologue Campbell a montré qu’il existe une corrélation étroite entre la période où l’emploi massif des pesticides a débuté et celle où la chute des populations d’oiseaux a commencé. L’ornithologue allemand Reichhof a souligné le rôle des villes et des villages comme sanctuaire pour la biodiversité, alors que, de leurs côtés, les campagnes se désertifient. Un rapport de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et du CEMAGREF (Centre National du Machinisme Agricole, du Génie Rural, des Eaux et Forêts), datant de 2005, souligne que l’agriculture biologique, qui n’utilise pas de produit toxique de synthèse, favorise la biodiversité.
La LPO proteste énergiquement contre l’autorisation provisoire de mise sur le marché de ce nouveau poison neurotoxique. Le dossier d’inscription de celui-ci révèle par lui-même les dangers du produit bien qu’il ne s’en tienne qu’à la seule toxicité aiguë, ignorant ainsi les effets sublétaux résultant de cette pollution diffuse de l’environnement. La LPO appelle donc à venir manifester le 21 février à Paris contre ce produit et réclame son retrait définitif du marché, pour que soit préservée la biodiversité.
Source : LPO
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